Non à Sweet Micky au carnaval des Gonaïves


La confirmation de Sweet Micky, la bande à Michel Martelly, sur le parcours du Carnaval de l’Indépendance suscite des remous aux Gonaïves. « Les indépendants », structure regroupant des citoyens de tous les secteurs, s’opposent catégoriquement à cette prestation. Ils plaident en faveur d’un carnaval sans propos obscènes où toutes les catégories d’âge peuvent se défouler sans ambages.

Les indépendants se sont montrés acerbes à l’égard du président du konpa qu’ils qualifient de « déviant ». Ils n’ont pas mâché leurs mots pour condamner son comportement « irrévérencieux ». Les insanités crachées en pâture lors de la dernière prestation de Sweet Micky à Henfrasa constitue la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « C’en est assez du phénomène Michel Martelly ! Ce type est une menace pour le pays, la famille et la jeunesse », s’est indigné Jacques Woubins Bordenave, membre du collectif.

Les protestataires déclarent Michel Martelly « Persona non grata » aux Gonaïves. Ils reprochent à l’artiste de saper l’édifice moral du peuple haïtien. Les « indépendants » jugent que la prestation de Sweet Micky sur le parcours sera une « insulte ». Dans une correspondance adressée à l’administration communale, ils ont demandé au maire d’évincer le groupe et tous les autres artistes qui font l’apologie de l’immoralité. « Le lead vocal de Sweet Micky n’est pas un modèle à promouvoir dans la société », a tempêté Doumyck Moss. Il tient à préciser que le mouvement du collectif est une bataille citoyenne.

Présentement, les opposants se lancent dans une rude campagne de sensibilisation. Ils participent aux émissions à grande écoute de la ville. Sur tout le parcours, ils affichent le message « Gonayiv ! Kanaval san betiz ». Ils annoncent toute une série de mobilisations, dont des sit-in et des marches pacifiques pour forcer les autorités à sauver ce qui reste des valeurs morales. « Si rien n’est dit officiellement, nous resterons mobilisés jusqu’au 4 février prochain », a insisté M. Moss.

Au sein du comité du carnaval, la présence de Sweet Micky ne fait pas non plus l’unanimité. D’après un membre qui requiert l’anonymat, ce groupe aurait été sélectionné directement par le président d’honneur, M. Neil Latortue. Un autre membre influent ne cache pas son intention de démissionner. L’enjeu est de taille. Interrogé sur ce dossier, M. Latortue a fait savoir qu’il ne souhaitait pas agir sous l’impulsion des protestataires. Selon lui, l’ambiance doit être profitable à tous les goûts. Il espère rencontrer « les indépendants » en vue de trouver une entente. « Le thème du carnaval est un appel à l’unité et au progrès. En tant que maire, je dois écouter tous les citoyens de la municipalité », a déclaré Neil Latortue.


Les préparatifs des festivités vont bon train. La rue Fabre Geffrard, point stratégique du parcours, est en chantier depuis dimanche. La branche locale de l’Electricité d’Haïti (Ed’H) est à pied d'œuvre. Elle augmente les poteaux et les lampes afin de résoudre le problème d’éclairage constaté lors de la première édition. Frajil Mizik et Level Konpa, les deux groupes gonaïviens retenus et les autres artistes locaux travaillent d’arrache-pied pour ne pas faire piètre figure.

JC/Le Nouvelliste